René et Hillary Lake : la réussite
Par Jean-Baptiste Koli

Comment un Sénégalais et une Afro-Américaine sont devenus le couple "mixte" le plus introduit de Washington.


Lui, René, 42 ans, est un Sénégalais passionné d'échecs et un high-tech addict, un véritable homme orchestre, un touche-à-tout diplômé en génie civil, qui a choisi au gré d'une carrière riche d'être imprimeur, journaliste, analyste politique, fonctionnaire international, conseil en communication, chef d'entreprise. Elle, Hillary, 33 ans est une Africaine-Américaine originaire de la Barbade passionnée du monde noir, une surdouée qui décrocha le bac à 14 ans, fit de brillantes études en relations internationales à l'université Georgetown, à Washington, et parle couramment sept langues : l'anglais, bien entendu, mais aussi le français, l'espagnol, le portugais, l'italien, le créole et le wolof, qu'elle a appris lors d'un long séjour au Sénégal. René et Hillary forment aujourd'hui le couple "mixte" le plus introduit de Washington. C'est un perpétuel défilé dans leur somptueuse villa, qui s'élève sur quatre niveaux, dans l'un des quartiers chic de la capitale fédérale. L'ambassadeur joe Wilson, ex-assistant du président Bill Clinton pour l'Afrique, Sharon Pratt Kelly, ancien maire de Washington, Viviane Derrick, directrice Afrique de l'Agence coopération américaine (Usaid), y ont dîné. Comme l'ancien président congolais Pascal Lissouba, Irving Hicks, ex-ambassadeur des Etats-Unis en Ethiopie, aujourd'hui bras droit du milliardaire saoudien Mohamed el-Amoudi, et bien d'autres personnalités de premier plan dont René Lake préfère "par pudeur" taire le nom. A l'extérieur, ils partagent la table de proches du président Clinton, notamment du célèbre avocat Vernon Jordan, d'hommes d'affaires africains-américains et de membres influents du Black Caucus : Nelson Mandela, Olusegun Obasanjo, Thabo Mbeki, etc. De quoi rendre jaloux leur voisin le plus immédiat, Sandy Berger, conseiller spécial pour la sécurité du président américain.

La rencontre entre le jeune Sénégalais et celle qui deviendra son épouse remonte à 1993. Lui, correspondant en France de Sud-Hebdo (devenu par la suite Sud-Quotidien) et de l'Agence panafricaine d'information (Pana), débarque à Washington, invité par le département d'Etat, où elle- fille du président de la Fondation Ford- travaille comme responsable adjoint pour la démocratie, les droits de l'homme et les projets de développement. C'est le coup de foudre. René Lake quitte Paris, où il vient de décrocher une maîtrise de communication, pour New York. Il a juste le temps d'épouser Hillary Thomas, le 16 septembre 1995 à Washington, avant d'embrasser une nouvelle carrière d'Information Officer à l'ONU, qui l'amène chaque semaine à faire l'aller-retour entre les deux villes.
La navette durera deux "longues" années. Fin 1997, c'est Vernon Jordan soi-même qui l'aidera à s'impliquer un peu plus dans les affaires africaines en lui présentant C. Payne Lucas, président de l'ONG Africare. "Je suis comme Monica Lewinsky, confie, avec une note d'humour, Lake. Je dois mon premier job à Washington à Vernon Jordan".

René Lake rejoint dans la foulée une petite équipe de sept experts qui lancera l'idée d'un National Summit on Africa. Le sommet en question se tiendra finalement en février 2000, avec la participation remarquée du président Clinton. Nommé directeur pour l'Afrique, Lake se trouve propulsé au coeur de la politique africaine des Etats-Unis et dans le monde des affaires. On l'aperçoit aux sommets annuels de l'Organisation de l'unité africaine, aux biennales entre Africains et Africains-Américains ; Conseils en communication d'Alassane Ouattara, ancien directeur général adjoint du Fonds monétaire international et, un moment, prétendant à la magistrature suprême en Côte d'Ivoire, René et Hillary Lake se trouvent aujourd'hui à la tête de LTL Strategies, un cabinet de consultation spécialisé, entre autres, dans la promotion des opportunités d'affaires des entreprises africaines aux Etats-Unis. Une nouvelle passion qui leur prend seize heures par jour. Au grand dam de leurs charmantes fillettes, Kesso et Marly.

©Jeune Afrique / L'intelligent N° 2078 - Du 7 au 13 Novembre 2000